Jean d'Ormesson, l'éternel étonné

À 86 ans, l'infatigable académicien sort un nouvel ouvrage autour d'un moment clé de l'Histoire: la métamorphose du consul Bonaparte en empereur Napoléon Ier. Un sujet inédit pour cet auteur qui n'en finit pas d'étonner par sa vivacité et son émerveillement. Rencontre lors de son passage à Vannes pour dédicacer son livre.
Photo François Destoc/ Le Télégramme.

Son sourire est lumineux, comme une marque de fabrique. Jean d'Ormesson, 86 ans au compteur, ne s'en sépare jamais. Surtout quand il rencontre des lecteurs lors d'une séance de dédicaces dans une librairie de Vannes, mercredi soir. «On n'écrit pas que pour soi-même, souligne l'auteur, l'oeil bleu malicieux et toujours alerte. Un écrivain a toujours besoin de ses lecteurs». Depuis septembre, il parcourt inlassablement les villes de France pour les rencontrer lors de dédicaces, à l'occasion de la sortie de son dernier ouvrage, «La conversation». Et ce passage à Vannes le rend un brin nostalgique. «J'y ai des souvenirs particuliers, raconte-t-il. En 1945-1946, lors d'un stage militaire dans le cadre de mes études, j'ai intégré un régiment de parachutistes étrangers à Vannes. J'étais considéré comme le seul intellectuel. Pour s'amuser, mes camarades ont refusé de me pousser lors de mon premier saut, comme cela est normalement le cas. J'aurais pourtant bien voulu qu'on me pousse!».



«Un tournant de l'Histoire» 

Depuis, il n'a fait que peu de séjours en Bretagne. «À mon grand regret, assure-t-il. J'espère bien réparer cela dans les années qui viennent». Ce grand curieux, fils d'ambassadeur, n'a pourtant pas résisté à l'appel de nombreux voyages: Grèce, Maroc, Égypte, Italie... «Le monde m'a toujours étonné et j'ai toujours entretenu de bonnes relations avec lui», reconnaît-il. C'est donc naturellement que ce philosophe continue de s'interroger sur ses mutations. Son dernier ouvrage en est un exemple. Jeand'Ormesson a imaginé un dialogue fictif entre le premier consul Bonaparte et le deuxième consul Cambacérès, lors de l'hiver 1803-1804. Un moment clé: arrivé au sommet de sa puissance, Bonaparte le républicain décide de devenir l'empereur NapoléonIer. «L'idée m'est venue lors d'une réflexion sur les tournants de l'Histoire. Comme lorsque le général De Gaulle monte dans un avion le 17juin 1940 et devient un général rebelle. Ou quand César décide de franchir le Rubicon avec son armée».

Là où on ne l'attend pas 

Ce texte bref (128 pages), Jean d'Ormesson l'a écrit très vite, comme une pièce de théâtre entre deux personnages. «On m'a souvent reproché de faire la même chose. J'ai donc voulu faire quelque chose de très différent. Pour une fois, je ne parle ni de moi, ni de Dieu et c'est très court!». Une formule gagnante: l'ouvrage pourrait être prochainement adapté au théâtre. «C'est encore une chose nouvelle pour moi, sourit l'auteur. J'entame une nouvelle carrière!». Académicien, normalien, agrégé de philosophie, journaliste, directeur du Figaro... L'homme a collectionné les casquettes pendant toute sa vie. Et il continue de renouveler son stock. Quitte à être là où on ne l'attend pas: il vient de participer au tournage d'un film avec Catherine Frot. Son rôle: François Mitterrand. Un paradoxe quand on connaît les relations compliquées que les deux hommes ont entretenues. «Claude Rich devait l'interpréter mais il s'est désisté, explique-t-il simplement. Et j'ai toujours eu très envie d'être acteur». Loin d'être blasé, cet habitué des plateaux de télévision et des institutions parisiennes continue ainsi de s'émerveiller et d'expérimenter. Et ce n'est pas une actualité morose qui fera perdre à «l'immortel» son éternel sourire. «On a vécu pendant des siècles, voire des millénaires avec la guerre, rappelle-t-il. En Europe, elle a enfin été écartée. Mais c'est la crise qui l'a remplacée. C'est certes très éprouvant. Mais c'est une époque moins difficile que lors de mon enfance où il y avait Hitler et Staline.»

Pratique
«La conversation», de Jean d'Ormesson, Éditions Héloïse d'Ormesson, 128 pages, 15 EUR.
  • TANGI LOISEL
Article à lire ici sur le site du Télégramme.

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